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François de Neufchateau (1750-1828) : Discours sur la manière de lire les vers



Arrête, sot lecteur, dont la triste manie
Détruit de nos accords la savante harmonie,
Arrête, par pitié ! Quel funeste travers,
En dépit d’Apollon, te fait lire des vers ?
Ah ! si ta voix ingrate ou languit, ou détonne,
Ou traîne avec lenteur son fausset monotone ;
Si, du feu du génie en nos vers allumé,
N’étincelle jamais ton œil inanimé ;
Si ta lecture enfin, dolente psalmodie,
Ne dit rien, ne peint rien à mon âme engourdie,
Cesse, ou laisse-moi fuir. Ton regard abattu,
Du regard de Méduse a la triste vertu.
L’auditeur qu’ont glacé tes sons et ta présence,
Croit subir le supplice inventé par Mézence :
C’est un vivant, qu’on lie au cadavre d’un mort.
Attentif à ta voix, Phébus même s’endort ;
Sa défaillante main laisse tomber sa lyre.
C’est peu d’aimer les vers : il faut les savoir lire ;
II faut avoir appris cet art mélodieux
De parler dignement le langage des dieux ;
Cet art, qui, par les tons des phrases cadencées,
Donne de l’harmonie et du nombre aux pensées ;
Cet art de déclamer, dont le charme vainqueur
Assujettit l’oreille et subjugue le cœur...