Delapoésie

Recherche par auteur, titre, mot-clé unique (plus de 3 lettres), extrait de texte.
Pierre Dupont (1821-1866), poéte et chansonnier français.

Le chant du vote (1849) | La Châtaine | Les fraises des bois |


Le chant du vote (1849)



De Février gardons mémoire,
Ne laissons pas perdre les fruits
Conquis au jour de la victoire
Par les pavés et les fusils.
Mêlant sa blouse a l’uniforme,
Le peuple au bourgeois confondu
Acclamait : " Vive la Réforme ! "
La République a répondu :

O République tutélaire,
Ne remonte jamais au ciel,
Idéal incarné sur terre
Par le suffrage universel !

La République militante,
Lasse de voir le sang couler,
De sa robe a fait une tente
Où tous peuvent se rassembler.
Plus de paria, plus d’ilote,
Chacun a son droit de cité,
Et sur son bulletin de vote
Peut écrire sa volonté.

O République tutélaire,
Ne remonte jamais au ciel,
Idéal incarné sur terre
Par le suffrage universel !

Du jour qu’avec independance
Chacun peut exprimer son vœu,
En face de sa conscience,
Le scrutin est la voix de Dieu.
Plus de tyran qui vous domine
Au nom d un caprice mouvant ;
Tous ont parlé... chacun s’incline
Comme les cèdres sous le vent.

O République tutélaire,
Ne remonte jamais au ciel,
Idéal incarné sur terre
Par le suffrage universel !

Plus de sujet qui ploie et tremble
Sous le poids d’un sceptre ou d’un nom ;
Dans le forum quand on s’assemble,
Chacun dit oui, chacun dit non.
Ah ! qu’une surprise nocturne
N’attente jamais au scrutin !
Montons la garde autour de l’urne,
C’est l’arche de notre destin.

O République tutélaire,
Ne remonte jamais au ciel,
Idéal incarné sur terre
Par le suffrage universel !

Quand la vapeur est comprimée,
Elle couve une explosion,
La plainte du pauvre enfermée
Fait lever l’insurrection.
Faibles mains, vos pieuses ligues
Ne font qu’attiser le volcan :
Gardez-vous de toucher aux digues
Qui tiennent encore l’Océan !

O République tutélaire,
Ne remonte jamais au ciel,
Idéal incarné sur terre
Par le suffrage universel !

S’il est vrai qu’une tourbe infame,
Disposant du fer et du feu,
Veuille enchaîner le corps et l’âme
Du peuple, ce vrai fils de Dieu ;
Fais voir, en déjouant la ruse,
O République ! à ces pervers,
Ta grande face de Méduse
Au milieu de rouges éclairs !

O République tutélaire,
Ne remonte jamais au ciel,
Idéal incarné sur terre
Par le suffrage universel !