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Marquise d’Antremont (1746-1802) : Stances irrégulières



Ô Mort ! anéantis mon être,
Viens trancher le fil de mes jours ;
Ne diffère pas à paraître :
De mes maux termine le cours.

La mort, la mort n’est rien, non cet instant horrible,
Qu’un cœur faible redoute, a pour moi des douceurs.
La mort finit nos maux, mais l’amour plus terrible,
Cause d’éternelles douleurs.

Depuis le jour affreux que je fus sa victime,
Ces lieux ne m’offrent plus que de tristes déserts.
Je veux combattre en vain le malheur qui m’opprime,
II n’est plus rien pour moi dans ce vaste univers.

Le voile de la nuit sans cesse m’environne...
Taisez-vous, séduisants désirs :
Hélas ! quand Tyrcis m’abandonne,
Est-il encore des plaisirs ?

Non : je touche au moment où bientôt sans alarmes,
Mes yeux vont se fermer à la clarté du jour.
Tyrcis... quel souvenir vient m’arracher des larmes !
Quoi ! mon dernier soupir serait-il pour l’amour !

Ah ! si Tyrcis d’une flamme si belle
Sentait renaître encor l’ardeur ;
S’il rentrait sous mes lois, si son cœur infidèle
Rouvrait à mon esprit la route du bonheur...

Espoir trompeur... Non, non, je ne suis plus aimée,
L’ingrat a brisé ses liens.
Ô Mort ! finis mes jours : pour une infortunée
Mourir est le plus grand des biens.