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André de Chénier (1762-1794), poète français.

Néère | La jeune Tarentine | La jeune locrienne | La jeune captive | Ode à La Barre |


Néère



Mais telle qu’à sa mort pour la dernière fois
Un beau cygne soupire, et de sa douce voix
De sa voix qui bientôt lui doit être ravie,
Chante, avant de partir, ses adieux à la vie :
Ainsi, les yeux remplis de langueur et de mort,
Pâle, elle ouvrit sa bouche en un dernier effort.
"Ô vous, du Sébethus naïades vagabondes,
Coupez sur mon tombeau vos chevelures blondes :
Adieu, mon Clinias. Moi, celle qui te plus,
Moi, celle qui t’aimai, que tu ne verras plus.
Ô cieux, ô terre, ô mer, prés, montagnes, rivages,
Fleurs, bois mélodieux, vallons, grottes sauvages,
Rappelez-lui souvent, rappelez-lui toujours
Néère, tout son bien, Néère ses amours,
Cette Néère hélas qu’il nommait sa Néère ;
Qui pour lui criminelle abandonna sa mère,
Qui pour lui fugitive errant de lieux en lieux
Aux regards des humains n’osa lever les yeux.
Ô ! soit que l’astre pur des deux frères d’Hélène
Calme sous ton vaisseau la vague ionienne ;
Soit qu’aux bords de Paestum, sous ta soigneuse main
Les rosés deux fois l’an couronnent ton jardin
Au coucher du soleil, si ton âme attendrie
Tombe en une muette et molle rêverie,
Alors, mon Clinias, appelle, appelle-moi.
Je viendrai, Clinias, je volerai vers toi.
Mon âme vagabonde à travers le feuillage
Frémira. Sur les vents ou sur quelque nuage
Tu la verras descendre, ou du sein de la mer,
S’élevant comme un songe étinceler dans l’air.
Et ma voix toujours tendre et doucement plaintive
Caresser en fuyant ton oreille attentive. "